MHUD – MHUD (2020)

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MHUD - MHUD (2020)

 

Paru en 2020, le premier EP de MHUD pose les bases d’un artiste à surveiller. A mi-chemin entre rock et électro, la musique du parisien d’origine strasbourgeoise se démarque surtout par un univers faussement léger illustré par des paroles un rien cyniques, une façon de chanter qui divisera sans doute et surtout de jolies expérimentations sonores.

 

Quasi sosie de Douglas Reynholm (le boss de la série IT Crowd), le personnage intrigue autant par son second degré d’anti-héros que par son chant volontairement maladroit. Le clip du single Scotchées sur des bancs en est la parfaite illustration avec cette magnifique prestation sur vélo elliptique du chanteur qui revêt ensuite sa plus belle paire de lunettes en plastique et son boa acheté chez Pimkie pour scander puis crier « Dieu, je ne sais plus à quel fumier me vouer ». Le contraste entre la légèreté apparente et le cynisme teinté de poésie des paroles est fort et invite à en découvrir un peu plus.

L’EP de MHUD s’ouvre sur Cheval de bataille, un titre rock électro qui rappellera ce qui se faisait à l’aube des années 2000. L’instru s’étoffe petit à petit jusqu’à laisser apparaître deux trompettes qui s’entrecroisent avec élégance en soutien aux questionnements du chanteur « Faut-il alors lâcher les chevaux et courir pour les autres ? ». Belle surprise en termes d’arrangements, cette introduction prometteuse laisse la place à La Fleur au Fusil, titre plus conventionnel en apparence qui rapidement se retrouve couvert par des parties de piano frôlant la musique contemporaine avant de retrouver leur teinte bluesy. Typiquement le genre d’extravagance qu’on attend de voir développées par la suite et qui met en valeur l’exigence du duo Matthieu Hubrecht/Romain Dowska. You had my curiosity, now you got my attention dirait Leonardo.

Mais s’attarder sur le versant rock et négliger l’aspect électro serait une énorme erreur. Les titres 18.06.com et son pattern à 5 temps (chose assez peu courante pour être signalée) ou l’excellent La glande aux étoiles sont deux très belles surprises, sans doute parce que le cynisme laisse la place à une noirceur poétique qui évite le piège de l’humour décalé trop facile. Les instrumentaux sont beaux et riches (le retour de la trompette sur 18.06.com est un délice) et la fragilité de la voix trouve vraiment sa place dans ce genre de morceau. L’EP se termine par Par-delà les rires, un morceau à la frontière du rock et de l’électro, comme une synthèse des chemins pris les 20 minutes précédentes avec un une construction répétitive qui révèle une profonde noirceur soulignée par les dissonances des guitares.

Pas sûr que le parti pris du chant nonchalant plaise à tout le monde mais ce premier EP laisse présager de bonnes choses avec un juste équilibre entre expérimentations bienvenues et recherche de l’efficacité. Et si vous voulez un bon conseil, insistez, parce que certains des titres (notamment les trois évoqués dans le paragraphe précédent) se bonifient avec le temps !

Titre idéal pour découvrir : La glande aux étoiles

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